
Publié le 14 mars 2011 à 09h06 | Mis à jour le 14 mars 2011 à 09h06
Bertrand Tremblay Le Quotidien
Gaston Vachon, le fondateur de Progrès-Dimanche qui vient de nous quitter, fut un véritable visionnaire de l'information. Il a révolutionné le monde des communications au SaguenayLac-Saint-Jean. Un peu comme Pierre Pédaleau qui a édifié l'empire Quebecor. Avec son fidèle compagnon Jacques Larouche, il a bien perçu les attentes du lecteur étourdi par l'avènement de l'électronique. Sa perspicacité qui agissait comme un microscope chez les consommateurs de l'information valait mieux que tous les sondages menés aujourd'hui, à grands prix, par des maisons spécialisées.
Progrès-Dimanche Il avait notamment réalisé la nécessité d'apporter des modifications majeures à la tradition. Après une longue grève de quatre mois, Le Progrès du Saguenay grand format se transforma en Progrès-Dimanche tabloïd. La direction modernisa également la distribution du journal avec une armée de camelots lancée, tôt le dimanche matin, à l'assaut des lecteurs dans les quartiers et jusqu'autour des églises. Le tirage monta en flèche. Gaston Vachon m'avait raconté, un jour de confidences, que son bon ami et complice dans de nombreuses oeuvres de bénévolat, Mgr Sylvio Kérouack, alors curé de la cathédrale, s'était montré un peu agacé de la présence de ces jeunes vendeurs toujours au poste, dès la première heure, aux portes du plus impressionnant temple de la région. Il avait exprimé son indignation durant un sermon, allant même jusqu'à reprocher à l'opération de distraire les fidèles. Pourtant, les camelots, toujours respectueux, attendaient sagement, debout à l'arrière, la fin de l'office dominical. La vérité c'est que certains affamés de nouvelles commirent parfois l'outrage de jeter un coup d'oeil sur la manchette de Progrès-Dimanche durant l'homélie. La recette du succès Cette manie a disparu évidemment. Les pratiquants d'aujourd'hui se recueillent avec ferveur. Mais après cette intervention de l'auguste prélat domestique eut un effet contraire.
Elle favorisa cependant la popularité de Progrès-Dimanche en suscitant l'intérêt, non seulement des fidèles présents à l'église, mais également des auditeurs qui en écoutaient la diffusion à la radio. Attribuons également le mérite du rapide succès obtenu par la publication dominicale au confrère Charles-Julien Gauvin, premier directeur de rédaction de Progrès-Dimanche, et à son équipe. Car le fondateur attribuait la popularité de Progrès-Dimanche à son caractère familial et à la richesse de son contenu rédactionnel. La séduction exercée par Progrès-Dimanche a permis au Progrès du Saguenay d'atteindre une rentabilité satisfaisante après 75 ans de difficultés financières et d'assumer la relève du Soleil du SaguenayLac-Saint-Jean en permettant le lancement du Quotidien grand format. Un défi redoutable qui ne fut véritablement relevé qu'après l'adoption du tabloïd.
Depuis cette conversion, Le Quotidien joue véritablement son rôle en mettant l'accent sur l'information régionale et en se faisant le défenseur des intérêts du SaguenayLac-Saint-Jean.
Lorenzo Brisson Parmi ses modèles, Gaston Vachon vénérait Lorenzo Brisson, un ancien actionnaire du Progrès du Saguenay qui avait longtemps dominé l'actualité économique régionale au siècle dernier. «Si tu veux réussir en affaires, m'avait-il conseillé, sois constamment présent dans l'entreprise. Surveille bien le contenu du courrier, réponds à chaque lettre qu'on t'adresse et signe toi-même tous les chèques.» Il se félicitait d'avoir toujours appliqué les enseignements du maître.
Celui dont on célébrera les funérailles, à l'église Notre-Dame de Grâce de Chicoutimi, à 14 heures cet après-midi, avait la conviction que les imprimés avaient préservé leur survie après l'impact de la télévision. Comment envisageait-il l'avenir des imprimés devant la poussée fulgurante d'Internet? Retiré à l'arrière-scène de ce vaste et fascinant monde des communications, il devait sans doute comme nous tous s'interroger en surveillant les sondages sur les nouvelles préférences de la population. Car c'est le consommateur qui prendra l'ultime décision.
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